Entre notes et fibres
- Collège Charlemagne

- il y a 2 jours
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Entretien avec Mme Mathieu
Il y a des passions qui se vivent dans le bruit, sur une scène, entouré d’applaudissements… et d’autres qui prennent forme dans le silence, fil après fil. C’est dans cet espace plus discret que madame Véronique Mathieu, enseignante en musique au secondaire, cultive une autre facette de sa créativité : le tissage. Une pratique patiente et minutieuse qui entre en dialogue avec son univers musical, sans jamais chercher à le remplacer.

Depuis toujours, elle aime créer de ses mains. Tricot, crochet, couture… les arts textiles font partie de son quotidien bien avant qu’elle ne découvre le tissage. C’est une amie musicienne qui lui ouvre la porte de cet univers, en lui présentant un projet réalisé sur un métier à tisser. Intriguée, elle fait ses premiers pas, puis se procure son propre métier. Le point de bascule se fait rapidement, dès son premier projet, planifié avec soin, du choix des fibres aux couleurs, elle plonge entièrement dans cet art. Ce qui la réjouie, ce n’est pas seulement le résultat, mais tout le processus. Imaginer, organiser, construire… puis offrir ses créations à des proches qui en reconnaissent la valeur.
Dans le tissage, madame Mathieu trouve un équilibre différent de celui que lui apporte la musique. Si son quotidien est rythmé par les répétitions, le tissage lui offre un espace de calme et de solitude. Un moment pour se recentrer. Elle y apprécie particulièrement la phase de planification en commençant par choisir un projet, se rendre au magasin de fils, réfléchir aux harmonies de couleurs et finir par s’installer patiemment chaque élément sur le métier. Une préparation longue mais essentielle.

Car comme en musique, rien n’est instantané. Elle y voit d’ailleurs de nombreuses similitudes. Derrière une pièce terminée se cachent des heures de travail : calculer, installer des centaines de fils, recommencer parfois. Pour un simple linge à vaisselle, plus de 600 fils doivent être passés un à un avant même de commencer à tisser. Une démarche qui rappelle celle de l’apprentissage musical, où chaque œuvre demande du temps, de la rigueur et de la persévérance avant d’être pleinement maîtrisée.
Ce qu’elle aime particulièrement, ce sont les projets qui lui permettent d’explorer. Les linges à vaisselle, par exemple, offrent un terrain de jeu idéal pour tester de nouveaux motifs ou techniques. Elle s’intéresse aussi à des créations plus engagées, comme des sacs réalisés à partir de sacs de lait recyclés, transformant une matière du quotidien en objet utile. Une manière concrète de lier créativité et conscience environnementale.
Au fil du temps, le tissage lui a aussi appris des leçons qu’elle applique autant dans sa vie personnelle que dans son enseignement. Madame Mathieu a appris à prendre le temps de bien faire les choses, accepter les obstacles et relever les défis. Parce que, souvent, le résultat ne se révèle qu’à la toute fin. Et c’est précisément ce chemin qui lui donne sa valeur.

Pour elle, les arts occupent une place essentielle dans le développement des jeunes. Ils nourrissent bien plus que la créativité : ils touchent à l’identité, à la culture, aux émotions et aux relations humaines. Ils permettent de se découvrir, de s’exprimer et de grandir.
À ceux et celles qui hésitent à se lancer dans le tissage, elle propose une approche simple, commencer par s’entourer de gens passionnés et explorer. Des communautés comme les Cercles de fermières ou d’autres groupes locaux offrent des espaces de partage et de transmission où cet art continue de vivre, ici comme ailleurs dans le monde.

Peut-être que le tissage, au fond, ressemble à ce qu’elle transmet chaque jour à ses élèves : une invitation à ralentir, à s’engager dans un processus, à créer avec intention. Et à découvrir que, parfois, ce sont les gestes les plus patients qui donnent naissance aux plus belles œuvres.

































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