Des petites briques qui nourrissent les grandes idées
- Collège Charlemagne

- il y a 23 heures
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Dernière mise à jour : il y a 3 heures
Entretien avec Mme Mireille Tremblay

Chez Mme Tremblay, la créativité prend parfois la forme de petites briques carrées. Enseignante de français au secondaire au Collège, elle cultive depuis plusieurs années une passion étonnante et inspirante pour les LEGO, un univers qu’elle a découvert sur le tard, mais qui occupe aujourd’hui une place bien ancrée dans son quotidien.
Comme plusieurs enfants de sa génération, Mireille a grandi entourée de poupées, de Barbies et de jouets roses. Pourtant, déjà à l’époque, elle sentait que sa créativité cherchait ailleurs : construire, façonner et inventer. C’est finalement à l’âge adulte que les LEGO sont entrés dans sa vie, presque par surprise. En visitant l’exposition de l’artiste Nathan Sawaya qui utilise les LEGO comme médium, elle réalise que ces petites briques dépassent largement le simple jouet pour ses enfants. Elles deviennent un terrain d’expression artistique à part entière. Influencée par les constructions fascinantes de son mari, qui est un grand passionné lui aussi, elle se laisse peu à peu séduire, d’abord par curiosité, puis par plaisir et enfin par passion.
Ce que Mireille aime avant tout, ce n’est pas tant suivre des instructions à la lettre que de créer ses propres modèles. Si elle reconnaît le génie des ensembles conçus par LEGO, elle préfère relever les défis que pose la création libre : manquer de pièces, devoir repenser une structure, accepter qu’une idée soit irréalisable… puis en imaginer une autre. Pour elle, c’est là que le plaisir commence.
Son univers de prédilection ? L’architecture. Madame Tremblay rêve de construire une ville évolutive, changeant au fil des saisons, peuplée de lieux qui ont marqué sa vie : son école primaire, le Cégep de Chicoutimi, le pont Pierre-Laporte, le Collège Charlemagne, l’UQAM, la maison de son enfance, celle de ses grands-parents, ou encore le funiculaire de Squamish en Colombie-Britannique. Chaque bâtiment devient un fragment de mémoire, une manière tangible de raconter son parcours.

Si son mari collectionne les figurines LEGO, parfois rares et très convoitées, pour sa part Mireille utilise les personnages pour donner vie à ses constructions. Elle affectionne particulièrement les figurines d’hiver ou d’Halloween et glisse volontiers des clins d’œil humoristiques dans ses décors. Cette année, deux personnages faisaient par exemple griller une cuisse de dinde sur un BBQ… installé sur un toit. Une touche d’absurde qu’elle savoure.

Parmi ses créations les plus marquantes, son village de Noël occupe une place toute spéciale. Chaque année, elle y conçoit une nouvelle église, toujours différente. Celle de cette année, particulièrement ambitieuse, compte deux clochers, des vitraux illuminés par une centaine de lumières DEL, un orgue Casavant et même une représentation minimaliste du Chœur classique de Vaudreuil-Soulanges, où Mireille chante à l’alto depuis deux ans. Construite sur plusieurs semaines, et après des dizaines d’essais pour le toit, cette église est si chère à son cœur qu’en février, elle n’a toujours pas eu envie de la démonter.

Un autre défi marquant : la construction d’un arbre monumental, irrégulier et presque rond, tout ce que les LEGO rendent difficile. Avec peu de pièces, Mireille a persévéré pendant plus d’un mois pour y intégrer des cabanes, une tente et même une tour de sorcière envahie de lianes. Démonter cette création lui a fait un petit pincement au cœur, mais elle y a gagné quelque chose de précieux, de nouvelles techniques et une confiance accrue en ses capacités de constructrice.
Au-delà de l’aspect artistique, les LEGO sont aussi pour Mireille un espace de bien-être. Ils lui permettent de décrocher, de gérer le stress et de passer du temps de qualité avec son mari, que ce soit en construisant ensemble ou en écumant les marchés aux puces à la recherche de pièces usagées. Leur maison compte même une pièce dédiée aux LEGO, pour le plus grand bonheur de leurs neveux et nièces, qui y viennent « fouiller » et laisser libre cours à leur imagination.
Cette passion, Mireille la voit comme un prolongement naturel de sa créativité, qu’elle nourrit depuis toujours et qu’elle apporte aussi en classe. Si elle n’utilise pas directement les LEGO comme outil pédagogique au quotidien, elle les intègre de façon réfléchie dans ses cours, notamment lorsqu’elle aborde la publicité. Une affiche LEGO lui permet par exemple d’ouvrir des discussions riches sur le sexisme, les représentations LGBTQ+ et les valeurs d’inclusion dans les médias, avec ses élèves de 4e secondaire.

Selon elle, les LEGO développent une multitude de compétences, surtout lorsqu’on s’éloigne des plans pour créer librement : planification, logique, visualisation spatiale, persévérance, débrouillardise et créativité. Elle encourage d’ailleurs les jeunes (et les adultes !) à commencer par des ensembles qui les passionnent, à observer les techniques, puis à les réinvestir dans leurs propres projets, sans oublier les marchés aux puces, les sites de revente comme BrickLink ou les sous-sols de grands-parents, où dorment parfois de véritables trésors.
Et si elle devait imaginer un projet LEGO à Charlemagne ? Madame Tremblay rêve d’une classe où certaines constructions défendraient des idées, ou encore d’une exposition à la bibliothèque où les élèves recréeraient en LEGO les couvertures de romans qu’ils ont aimés. Une façon originale, ludique et profondément créative d’allier brique et culture, pour faire rayonner la langue française autrement.
Parce qu’au fond, chez Mme Tremblay, les LEGO ne sont jamais « juste » des LEGO : ce sont des histoires, des défis, des souvenirs… et une belle preuve que la créativité n’a pas d’âge.





























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