La peinture, une manière de se déposer
- Collège Charlemagne

- il y a 19 heures
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Entretien avec Mme Ouellet

Chez nous, les talents se révèlent souvent dans les endroits les plus inattendus. À l’infirmerie, Mme Marie-Josée Ouellet veille chaque jour au bien-être des élèves avec calme et attention. En-dehors des heures de travail, elle se consacre à une autre forme de soin, plus silencieuse et intime, celle de la peinture. Elle nous ouvre la porte de son univers, où chaque toile devient une manière de se déposer… et surtout, de faire plaisir.
Un déclic né d’un désir simple
La peinture n’est pas arrivée par hasard dans sa vie. Marie-Josée a toujours aimé dessiner, mais l’idée de peindre est longtemps restée en arrière-plan. Une sœur qui pratiquait déjà depuis des années lui a donné l’élan : plutôt que de lui demander une toile, pourquoi ne pas essayer elle-même? Puis, la pandémie a offert ce que le quotidien laisse rarement : du temps. C’est là que tout a réellement commencé.
Elle a d’abord peint de petites toiles destinées aux enfants, puis, graduellement, des formats plus grands, au rythme des demandes. Une progression naturelle, sans pression, portée par la curiosité et le plaisir d’apprendre.
L’huile comme signature
Marie-Josée ne revendique pas un style précis, mais une chose est certaine : elle peint à l’huile. Elle aime la matière, la souplesse, la façon dont les couleurs se travaillent et se superposent. Elle le dit simplement : avec la qualité de la peinture aujourd’hui et la richesse des teintes disponibles, le résultat peut devenir magnifique.
Son inspiration part souvent d’un point de départ très concret : des photos. Elle demande à la personne de lui en choisir une, deux ou trois, selon le projet, l’endroit où la toile sera exposée et le format souhaité. Parfois, elle peint fidèlement une image; parfois, elle en combine plusieurs. Et quand elle connaît bien la personne, il lui arrive d’ajouter une touche plus personnelle ou de rester dans la sobriété, selon ce qui convient.
Derrière cette méthode, il y a surtout une intention, offrir. Pour elle, peindre est d’abord un geste tourné vers l’autre. Elle se confie :
« Mon désir, c’est de faire plaisir. C’est vraiment ça qui m’anime. »
Ce qui la motive, c’est la réaction au moment de dévoiler l’œuvre, un sourire, une joie spontanée et parfois même des larmes. Ce sont ces instants qui la confirment dans ce qu’elle fait.
Un processus intérieur, parfois exigeant
Décrire son processus créatif n’est pas si simple, parce que, comme elle l’explique, « C’est difficile d’expliquer le processus, parce que pour moi, ça se passe à l’intérieur, du début à la fin. »
Chaque toile a son propre rythme, certaines avancent facilement tandis que d’autres demandent plus de temps, plus d’essais, plus d’heures. Il lui arrive même de douter et de se demander si elle va y arriver.
Dans ces moments, le soutien de sa sœur compte beaucoup. Elle l’encourage, la rassure… et, à la blague, lui répète même qu’elle est meilleure qu’elle. Un rappel bienveillant que l’art se construit aussi dans la persévérance.
Les toiles qui la touchent le plus

Parmi les œuvres qui la rendent particulièrement fière, il y a celle d’un gorille. Marie-Josée est passionnée des animaux, et le gorille occupe une place à part. Ce qu’elle cherche, c’est l’intensité du regard, la présence dans les yeux, quelque chose qui bouleverse. Cette fascination la ramène aussi à des figures marquantes comme Jane Goodall et Dian Fossey, dont le courage et l’héritage l’inspirent encore.
Une autre toile la touche profondément, la moitié du visage d’une femme qui pleure. Cette œuvre a une charge personnelle importante, elle évoque l’absence d’une autre sœur. Ici, la peinture devient mémoire, émotion, trace.
Peindre n’est pas toujours facile. Le défi revient souvent à une chose, réussir à faire passer « le sens », l’expression recherchée. Quand elle n’y parvient pas, la frustration peut monter et l’envie de recommencer encore et encore.
Avec le temps, elle a appris à se déposer. À respirer. À mettre la musique qu’elle aime, Yanni, Jesse Cook et à accepter de remettre au lendemain si nécessaire. Car, comme elle le mentionne,
« Pour moi, le moment se passe vraiment entre la toile et moi. ».
Peindre pour embellir, tout simplement
Marie-Josée ne cherche pas toujours à transmettre un message précis, notamment parce qu’elle peint rarement pour elle-même. Mais elle espère une chose, chaque fois, faire ressortir ce que l’image représente pour la personne, émouvoir, embellir un coin de maison… et apporter du bonheur.
Et si elle devait donner un seul conseil à quelqu’un qui souhaite se lancer :
« Lancez-vous. Faites ce qui vous rend heureux. L’art a une identité propre à chacun. »
En découvrant l’univers de Mme Ouellet, on comprend que la peinture est bien plus qu’un passe-temps : c’est un espace de calme, de sensibilité et de persévérance, où chaque toile devient un geste d’attention envers les autres. Entre l’infirmerie et l’atelier, un même fil se tisse : celui du soin, du cœur et du désir sincère de faire du bien, un coup de pinceau à la fois.


















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