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Bureau organisé

BONNE LECTURE

L’art comme point de rencontre

Photo du rédacteur: Collège Charlemagne
Collège Charlemagne
il y a 13 heures
4 min de lecture

Entretien avec monsieur Houin-Létourneau


Monsieur Gabriel Houin-Létourneau
Monsieur Gabriel Houin-Létourneau

Au Collège, plusieurs connaissent monsieur Gabriel dans son rôle d’intervenant de l’organisme Cumulus auprès des élèves du secondaire. Derrière cette présence attentive et cette facilité à créer des liens se cache aussi un artiste curieux, profondément inspiré par les couleurs, les symboles et les différentes formes d’expression. Lors de notre rencontre, il m’a parlé de son rapport à la création et de la place que l’art occupe dans son travail auprès des jeunes.




Créer pour le plaisir de créer

La musique, la sculpture, la peinture, la lecture, l’écriture et la création vidéo font toutes partie de l’univers de Gabriel. Il aime explorer différents médiums et intégrer l’art à son quotidien afin de rester connecté à sa créativité, à son imaginaire et au lâcher-prise.

Son rapport à la création a toutefois évolué avec les années. Plus jeune, Gabriel cherchait souvent à produire la meilleure œuvre possible. Sa satisfaction dépendait alors d’un idéal difficile, voire impossible, à atteindre. Avec le temps, il a appris à prendre du recul et à créer plus librement.


« Aujourd’hui, je crée davantage par élan, par motivation ou par impulsion, plutôt que dans le but d’atteindre un résultat précis. Je crée simplement, sans attente particulière. »

Parmi toutes les formes d’art qui l’intéressent, la peinture et le dessin occupent une place particulière. Ce sont les médiums qui l’accompagnent depuis l’enfance et auxquels il revient encore aujourd’hui. Retrouver ces outils lui permet de renouer avec une époque où la création était spontanée, sans pression ni attente, guidée uniquement par le plaisir.


Regarder l’art autrement

Le graffiti a également marqué sa manière de voir le monde. Gabriel s’y est intéressé au moment où cette forme d’expression a commencé à être davantage connue et reconnue. Souvent réduit à un geste de vandalisme, le graffiti révèle pourtant, selon lui, une intention, une maîtrise technique et une grande richesse artistique.

Vivre à Montréal lui permet d’ailleurs d’observer une multitude de styles, notamment sur les murs légaux mis à la disposition des artistes. Qu’une œuvre ait été réalisée dans un cadre autorisé ou non, Gabriel s’intéresse d’abord à sa beauté, à sa force visuelle et à ce qu’elle cherche à communiquer.


Car, pour lui, l’art possède une capacité unique : celle de transmettre ce que les mots ne parviennent pas toujours à exprimer. Il peut donner une forme à la vulnérabilité, à la tristesse et à des réalités parfois difficiles à nommer. Là où les mots sont souvent liés à une langue ou à un contexte culturel précis, l’image peut franchir plus facilement les frontières.

Oeuvre de m. Gabriel
Œuvre de m. Gabriel H.-L.
« L’art transcende plus facilement les frontières géographiques, linguistiques et même temporelles. »

Gabriel insiste aussi sur l’importance de vivre pleinement ses émotions. L’art ne les efface pas : il permet plutôt de les accueillir, de leur faire une place et de les transformer.


Un outil pour mieux se découvrir

Cette vision de l’art rejoint directement son travail d’intervenant. Auprès des jeunes, la création peut devenir un moyen d’apprendre à se connaître, de développer sa patience et d’exprimer sainement ce que l’on ressent.


Gabriel compare la construction de l’identité aux couches d’un oignon qui se dévoilent progressivement. Les goûts, les valeurs, les passions et les émotions apparaissent peu à peu. Dans ce cheminement, l’art offre aux jeunes un espace où ils peuvent expérimenter sans nécessairement chercher la performance ou la perfection.

Il leur rappelle aussi que certaines choses demandent du temps. À une époque où tout semble aller rapidement, dessiner, peindre, lire ou écrire peut devenir une occasion de ralentir et de se recentrer.


« L’art permet d’en apprendre davantage sur soi-même et sur ce qui est réellement important pour nous. »

L’art pour ouvrir la conversation

Dans ses échanges avec les élèves, Gabriel s’intéresse naturellement à ce qui les passionne. Il leur demande parfois ce qu’ils choisiraient de faire s’ils pouvaient remplacer une journée d’école par une activité qu’ils aiment réellement. Plusieurs lui parlent alors de lecture, de dessin ou d’autres pratiques artistiques.


Ces réponses deviennent des portes d’entrée. Gabriel invite les jeunes à lui montrer leurs créations et, lorsqu’ils le souhaitent, leur présente aussi les siennes. Une conversation autour d’un dessin peut ainsi mener doucement vers des sujets plus personnels, comme les émotions, l’estime de soi ou une situation vécue.


À ses débuts, alors qu’il animait une activité parascolaire, il aimait déjà mettre différents médiums artistiques à la disposition des jeunes. L’objectif n’était pas de leur imposer une manière de créer, mais de leur permettre de trouver celle qui leur convenait le mieux.

Oeuvre de m. Gabriel H.-L.
Œuvre de m. Gabriel H.-L.

Des influences qui se rencontrent

L’univers artistique de Gabriel est également nourri par son héritage culturel burkinabè. Certains symboles, certaines formes et certaines couleurs reviennent régulièrement dans ses œuvres. Il aime faire dialoguer des éléments issus de l’art traditionnel avec des idées plus contemporaines, une rencontre qui reflète son propre parcours et la diversité de ses influences.


Cette diversité se retrouve aussi dans ses nombreux champs d’intérêt. Certains peuvent sembler contradictoires, reconnaît-il, mais ce sont justement ces contrastes qui alimentent sa créativité. Ils lui permettent surtout de trouver des points communs avec des personnes très différentes.


Ses passions deviennent alors bien plus que des loisirs : elles créent des occasions de rencontre, de dialogue et de compréhension.


Et s’il pouvait réaliser un projet artistique sans aucune limite de temps, de budget ou de ressources? Sa réponse est immédiate : une immense murale dans la ville. Une œuvre à grande échelle, accessible à tous, qui réunirait sans doute plusieurs dimensions de son univers : la couleur, la culture, l’expression et la rencontre.


À travers le regard de Gabriel, l’art apparaît comme un langage vivant. Il permet de créer librement, de mieux comprendre ses émotions et d’aller vers les autres avec curiosité. Une philosophie qui accompagne l’artiste, mais aussi l’intervenant qu’il est chaque jour auprès des élèves du Collège.


Et vous, quelle forme d’art vous permet le mieux d’exprimer ce que les mots n’arrivent pas toujours à dire?



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